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 La destinée de Chenxi

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MessageSujet: La destinée de Chenxi   Jeu 6 Sep - 15:33

Cette jeune femme était en tout point singulière. Une épée de saule au côté, elle aurait pu passer pour une exorciste, mais ni son port, ni son attitude ne semblait le confirmer. Ses manières, élégantes et raffinées, contrastaient totalement avec son vaste chang pao élimé au dos duquel était brodée une représentation de Gui Xian, la Tortue noire du Nord. Sa peau même, burinée et abîmée, montrait que malgré son jeune âge, une vingtaine d’années tout au plus, elle était ien différente de toutes ces jouvencelles écervelées. Son regard était clair et perçant et semblait irrémédiablement attirer, sinon les hommes, du moins l’attention.

En tout cas, elle m’attirait.

Mais elle correspondait au signalement que m’avais donné le magistrat et j’attendais qu’elle finisse son histoire et qu’elle sorte de l’auberge pour pouvoir l’arrêter. Pour l’instant, les autres clients de l’auberge étaient massés autour d’elle et écoutaient son histoire. Il aurait été stupide de l’interpeller ici. Stupide et dangereux. Je me contentais donc de les imiter.

Comme dans toutes les histoires d’auberge, son récit prenait place dans le jiang hu. Il narrait les exploits d’un groupe de vaillants héros ayant défendu un village de la menace de terrifiants bandits. Mais là où d’habitude les conteurs s’arrêtaient surtout sur les prouesses d’un ou deux wu xia à la réputation au moins grandissante, elle semblait plutôt s’intéresser au destin tragique d’une demi-douzaine d’individus anonymes, ni spécialement forts ni spécialement courageux, mais qui avaient eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment et la chance qu’on raconte leurs exploits.
Au grand dam de tous les jeunes garçons de l’auberge, c’était sur l’histoire d’amour de deux d’entre eux qu’elle avait choisi de centrer son récit.

La femme s’appelait Chenxi et n’avait pas quinze ans. Orpheline élevée par une sexte taoïste récemment dispersée, elle n’avait pu sauver de son ancien clan qu’une relique ancienne, une sorte de miroir de bronze. Les bandits avaient posé un ultimatum au village qui devait soit lui livrer la jeune femme, soit être rasé. Contrairement à toute attente, des voix, celles des héros, s’étaient alors élevées pour la protéger. Elle, et le village.

L’homme s’appelait Seng et était bien plus âgé. Médecin itinérant –donc sans le sou- il était autrefois soldat du Zhao. A peine adulte, alors qu’il vivait à proximité de Changping, il était tombé fou amoureux d’une jeune devineresse qui en assurait la prospérité et dont la légende voulait que ses pouvoirs dépendent de sa virginité. Le récit n’étant pas particulièrement original, la jeune femme eut tôt fait de perdre ses pouvoirs et de tomber enceinte. Mais à cette époque, le terrible général bai Qi du Qin menait ses troupes contre le Zhao et la région connu rapidement la guerre et la désolation. Pendant la funeste bataille de Changping, Seng était en train de défendre la ville alors même que son amante, presque arrivée au terme de sa grossesse, se faisait lapider par ces villageois même qu’il s’efforçait de protéger. A la différence de quatre cent cinquante mille personnes ce jour-là, Seng survécut. Il ne dut son salut qu’à une blessure reçue durant la bataille et qui le fit passer pour mort aux yeux des soldats du Qin. Quand il revint à lui, il apprit le sort de sa bien-aimée et, s’apercevant qu’il avait été incapable de protéger ceux qu’il aimait, il jura alors de ne plus jamais servir personne avant de prendre la direction du jiang hu.

La jeune femme au chang pao élimé poursuivait son cont au milieu d’un auditoire captivé. Elle racontait comment Seng s’était épris de Chenxi en qui il revoyait son premier amour et comment Chenxi était tombée amoureuse de cet homme beaucoup plus âgé, mais si attentionné et si doux. Elle racontait également comment les deux héros avaient décidé de se sacrifier pour sauver le village en se rendant au campement des bandits, à l’insu de leurs compagnons qui ne les auraient jamais laissé faire.

Seng disait n’avoir jamais compris pourquoi il était resté en vie ce jour-là, lors de la bataille de Changping, et qu’il avait l’impression de n’avoir réellement vécu à nouveau que depuis qu’il l’avait rencontrée. La vie lui semblait morne et sans saveur jusqu’à ces quelques derniers jours en sa compagnie. Chenxi était alors assise et fixait le sol, pensive, à la recherche d’un moyen de sauver le village et de donner quand même une chance à leur amour. Soudain, un rayon de lune, symbole de Chang-E, lui apporta une révélation : à sa lumière, Seng ne projetait aucune ombre…

Les larmes aux yeux, Chenxi venait de comprendre de quoi il retournait. Elle prit Seng dans ses bras et celui-ci se tordit de douleur. Elle en avait maintenant le cœur net : Seng était un fantôme et n’en avait probablement même pas conscience ; c’est le talisman qu’elle portait qui le brûlait pour la protéger de lui. Trop amoureuse pour supporter de blesser le médecin, ou même pour lui avouer la vérité, elle prit son talisman et le jeta dans un ravin. Tout ce qu’il lui avait raconté sur son passé commençait à s’enchaîner dans sa tête… Seng était probablement mort à Changping, comme tant d’autres, sans pour autant l’avoir jamais accepté, mais elle ne comprenait pas pourquoi il s’était lié à elle, ni pourquoi elle lui rappelait son ancienne amante. Puis, comme le reste, cela lui vint d’un coup. C’était évident. Les dates correspondaient, la bataille de Changping ayant eu lieu il y a un peu moins de 16 ans. L’enfant de Seng n’était pas mort dans le ventre de sa première femme, il était arrivé à terme avant d’être abandonné. Elle était cet enfant. Non seulement elle était tombée amoureuse d’un fantôme, mais il s’agissait en plus de son propre père et ce dernier ne s’apercevait de rien. Submergée par l’émotion, sans vraiment réfléchir, elle se jeta une fois de plus dans ses bras. Mais nulle douleur ne semblait l’atteindre. Au contraire, il paraissait enfin calme et détendu, apaisé. Il ne s’aperçut même pas que son chi se dissolvait et qu’il se dirigeait enfin vers le feng Du.

Dans la salle de l’auberge, la plupart des clients furent émus par cette histoire totalement contre nature. Les matrones pleuraient comme des adolescentes et les garnements qui râlaient auparavant de ne pas entendre les prouesses de quelque wu xia en menaient désormais beaucoup moins large. Sans un bruit, alors que l’auditoire reprenait son souffle, elle rassembla ses affaires et quitta l’établissement. Je dois bien avouer Qu4il me fallut à moi aussi un temps de réaction et que j’ai alors bien failli la laisser filer.

Je la rattrapai dans une ruelle et lui signifiai son arrestation afin qu’elle me suive chez le magistrat. Elle dégaina sa ridicule épée de saule de la main gauche, bien décidée à ne pas se laisser prendre. Je tentai alors de la maîtriser mais elle dévia ma lame d’un coup de son arme en bois et, d’un seul mouvement, elle saisit une dague avec sa main droite, la sortit de son fourreau, me trancha la gorge et rengaina. Bien que fugitif, cet instant me parut durer une éternité, et à la lueur de la lune, son visage tâché de mon sang encore chaud exprimait une détermination qui acheva d me glacer. L’instant d’après, choqué, affalé contre le sol, me tenant vainement le cou pour éviter de me vider complètement, je n’eus que la force de lui demander son nom. Je me souviendrai toujours de sa réponse : Chenxi. Ce fut le dernier mot que j’entendis de mon vivant.

Depuis lors, j’erre, non mort, à la recherche de cette jeune exorciste vagabonde qui parcourt le Zhongguo en choisissant les âmes en peine qu’elle souhaite aider et celles qu’elle souhaite annihiler, poursuivie par une implacable malédiction : la nôtre, celle des morts qu’elle a provoquées. Nous la traquons sans relâche.

Récit anonyme
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